Un beau jour, ou peut-être une nuit, à 20h, j’ai assisté à un grand exercice de rhétorique.

Le poids des mots, le choc des quiproquos, l’interprétation, la prise de responsabilité individuelle… TOUT Y EST PASSE.

« Mais il a pas dit confinement ? » « Mais pourquoi il a pas dit confinement ? » « MAIS ALORS OUI MAIS ON EST CONFINE OU PAS ??????? »

En quelques secondes, les réseaux sociaux se sont emballés, comme le cœur d’un hypocondriaque quand il a un chat de la gorge en ce moment.

« Nous sommes en guerre ». Voilà pourtant une phrase lourde de sens, d’engagement, de conséquences. Peut-on être plus investi que dans une guerre ? 6 fois, cette phrase a été martelée. Nous sommes en guerre. Contre un ennemi invisible, un ennemi qui unit le monde, qui le menace dans tout ce qu’il a de physique, de philosophique, d’économique. Un ennemi commun à tous les humains.

Être en guerre, c’est être acteur. C’est participer, être responsable, être engagé aux côtés de ses alliés. Être en guerre c’est aller au combat, pour gagner. C’est se mobiliser, entrer en mouvement.

Si nous avions été confinés… alors nous aurions été punis. Privés de nos libertés fondamentales. Nous sommes français, je le rappelle, nous aurions râlé, limite manifesté ! Nous aurions contourné peut-être… Nous aurions dévalisé les rayons papier toilette des supermarchés et pris des TGV pour nous confier à la Bourboule… pardon, je m’emballe. Mais nous aurions vécu cela comme une double peine.

En guerre, en revanche, nous sommes responsables et unis pour la victoire. Nous avons un objectif commun. Les mots ont une importance folle, c’est la conviction qui rassemble le peuple d’Oxymorie.

Et pourtant, lorsque le discours a été terminé, que chacun a été livré à sa propre interprétation, c’est le mot qui n’avait pas été dit qui a obsédé. C’est le flou qui ne fait pas l’artistique. Le Voldemort de la pandémie.

Et donc, merci Monsieur Macron pour cette preuve éclatante de la raison d’être d’Oxymore : ce qui n’est pas nommé n’existe pas.

Parce que le monde est assez anxiogène en ce moment, parce que nous avons aussi besoin de sourire, de penser à demain qui sera joli on le promet… Nous avons décidé de vous offrir des exemples concrets et de la « vraie vie » de cette maxime :

  • Si l’être aimé ne dit pas « Je t’aime »… est-ce qu’on a le droit de se tailler les veines avec la carte de Saint-Valentin ?
  • Tant qu’il n’a pas dit « tu aurais pas un peu grossi ? »… est-ce que peut-être on se ferait des idées, la balance se ferait des idées, et notre jean préféré se ferait des idées ?
  • Si notre coiffeur ne dit pas « oh merde ! » est-ce que vraiment il pense qu’il a réussi un chef d’œuvre avec cette coupe Mireille Mathieu qui aurait enfanté une licorne ?
  • Si personne ne dit à Jean-Michel-Lourdingue que NON il ne peut pas faire des blagues racistes à la machine à café tout en matant discrètement les stagiaires… a-t-il le droit de le refaire ?
  • … On vous laisse continuer, nous, on a guerre.

Prenez soin de vous… ça allait sans dire, mais ça va mieux en le disant.