Pour vivre heureux, vivons surélevés.

Aucune complexité ne résiste à la logique de la vue d’ensemble lorsque l’on s’autorise à prendre de la hauteur. Du recul. A dézoomer.

Car oui, nous traversons une crise majeure. Oui, elle sera longue. Oui, elle nous oblige à repenser le cadre de nos libertés, à revoir nos choix, nos priorités. A lâcher-prise (et ça, c’est douloureux quand même !) Mais chaque mot a un sens et elle ne nous autorise pas à l’oublier.

Une mort sociale, ce n’est pas un couvre-feu. Une pandémie, ce n’est pas une guerre. Un confinement, ce n’est pas la dictature. Quand l’effort de guerre consiste à manger des plats foufous dans notre canapé pour sauver nos restaurateurs en commandant « à emporter », on est quand même pas en difficulté majeure.

Les mots ont un sens, crise ou pas crise. Et sans doute plus encore en temps de crise, si nous y réfléchissons. Car ils restent notre dernier bastion de choix. Nous pouvons, nous pourrons toujours (puisque nous ne sommes pas en dictature, DONC), choisir nos mots. Les décider, les incarner, les vivre. Et, grâce à eux, faire du monde notre monde.

Nous perdrons beaucoup dans les mois à venir. Nos certitudes, tout d’abord. Il faudra renoncer à nombre d’entre elles. Voire renoncer à en avoir. Nous perdrons des proches, peut-être. Notre sécurité. Notre confiance. Notre santé. Nos entreprises. Nos raisons de nous lever le matin. La liste est longue, très longue, très douloureuse. Elle en est indécente.

Mais nous prendrons aussi une conscience plus aiguë de nos bonheurs, de nos chances. L’odeur du café le matin risque d’être d’une précieuse intensité pour tous ceux qui, un temps, auront été privés de leur odorat. Le sourire de nos enfants, maintenant que nous avons tant souffert de les voir masqués, n’aura sans doute plus jamais rien d’acquis. Il redeviendra ce qu’il aurait toujours dû être : magique.

Les mots ont un sens et ils donnent du sens aussi. Si je choisis de dire le joli, alors je le vis plus intensément. Si je choisis de parler de demain, alors je relativise aujourd’hui.

Parce que si j’ai la chance qu’il y ait un demain, rien n’est grave, aujourd’hui.