Zoom, Teams, Skype… Les trois mousquetaires de notre confinement télétravaillé. Les sauveurs de la productivité à distance, les héros du lien social préservé… l’enfer de toute personne ayant un non-verbal quelque peu « lisible ».

Que voilà une belle invention que celle qui permet, alors que l’on a pris soin de bien couper le micro pour ne pas que notre « pfffffffffffffffff » suite à l’intervention éclairée de Jean-Michel-Théorie-Du-Complot soit entendu par l’ensemble des participants, que notre exaspération apparaisse en gros plan sur notre front.

C’est le syndrome des sourcils levés, la plaie des yeux au ciel, la gangrène de la ride du lion. L’avantage d’une réunion de type « monde d’avant » (entendez par là longue, pénible et douloureuse, mais dans une même pièce, autour d’une table si possible ronde) c’est que si elle ne permet certes pas la distanciation sociale, on peut au moins cacher ses réactions le nez dans son dossier. Alors qu’en visio, que nenni ! Tout du long notre tête est là, et bien là. Et tout le monde peut se focaliser sur elle. Forcément, si on est aussi lisible que la première ligne chez l’ophtalmo, c’est soirée spectacle pour tous. Ciné pop corn, et film projeté sur notre visage.

Après des années à apprendre la CNV, à étudier la rhétorique, à nous intéresser à la PNL… tous nos efforts réduits à néant en 30 minutes d’échanges houleux. Pourtant, notre bouche n’a formulé aucune insulte. Nous n’avons exprimé notre désaccord, ou notre agacement, qu’à mots feutrés… Il faut croire que la partie visible de notre buste clignotait.

Et contre cela, pas de remède. C’est exactement comme parler avec les mains, ou manger du pangolin.

La visioconférence va prendre une grande place dans nos vies professionnelles pour les mois à venir, et sans doute la gardera-t-elle par la suite. La planète nous dit merci, la réunionite aigue aussi. Mais quid des feux allumés par un non-verbal trop prononcé ? Sommes-nous condamnés à une cure accélérée de botox pour figer à jamais notre communication ?

S’il n’existe malheureusement pas de baguette magique, voici quand même quelques astuces pour toutes les victimes du visage-roman :

  • Si le micro se coupe, la vidéo aussi ! Prétextez un bug, le réseau saturé… et hop, écran noir !
  • Pour une fois, vous pouvez vous observer ! Mais oui ! Alors quel meilleur exercice (si vous ne perdez pas le fil de la réunion tout de même, attention !) que de vous corriger en direct. Vous qui rêviez d’avoir un miroir pour comprendre ce qu’il y avait de si foufou avec votre non-verbal (oui, foufou) : souhait exaucé !
  • On hésite pas à utiliser des accessoires : lunettes sans réflecteur de lumière, frange, masque… Tout est permis !
  • Et puis si vraiment on sent que la moutarde monte au nez… tant pis, on invoque la pause pipi !